
Les opérateurs de jeux en ligne français ont désormais une formule mise à jour pour repérer les joueurs en difficulté. L’Autorité nationale des jeux (ANJ) a modifié l’algorithme qu’elle avait arrêté au printemps pour noter le risque de jeu excessif. Cette décision passe presque inaperçue pour le grand public, mais elle compte pour tous ceux qui jouent au poker, aux paris ou aux jeux de table sur des sites agréés.
Ce que l’ANJ a changé à l’automne
Le texte porte le numéro 2026-178. Il a été adopté par le collège de l’ANJ lors de sa séance du 15 octobre 2026 et modifie une première décision du 19 mai 2026. Il figure parmi les décisions recensées dans le compte rendu de séance publié début novembre, comme le relate Gambling Insider. La décision elle-même est consultable en PDF sur la page des décisions de l’ANJ.
Le principe reste le même : chaque joueur reçoit une note de risque comprise entre 0 et 100. Le seuil à partir duquel on parle de jeu excessif est placé à 24. La note est calculée sur des tranches de six mois de données, issues du support d’archivage que les opérateurs agréés doivent alimenter pour le régulateur.
Cinq familles d’indicateurs, un poids écrasant pour l’argent
La formule additionne cinq sous-scores, chacun affecté d’un coefficient. Selon le détail rapporté par Gambling Insider, l’activité financière (dépôts, pertes) pèse 10. La gestion des comptes du joueur pèse 3. La fréquence de jeu, l’intensité de l’activité et les changements apportés aux outils de modération pèsent chacun 1. La somme pondérée est ensuite divisée par 10, puis arrondie.
Ce déséquilibre est voulu. D’après l’annexe de la décision, le volet financier s’est révélé, lors de la validation scientifique, le meilleur prédicteur du jeu excessif parmi les cinq. Concrètement, ce ne sont pas les longues sessions qui font grimper la note, mais les mouvements d’argent : dépôts répétés, pertes qui s’accumulent, recharges rapprochées.
Pourquoi l’intensité de jeu compte peu
Pour les joueurs de poker, c’est le point le plus intéressant. Le régulateur assume de donner un faible poids à l’intensité de jeu, pour ne pas gonfler artificiellement la note des joueurs de poker professionnels, qui enchaînent les tables, ni celle de clients qui multiplient les petites opérations au regard de leurs moyens. Un coefficient correctif relève en revanche la note des joueurs actifs sur une partie seulement de la période, pour ne pas sous-estimer un comportement concentré sur quelques semaines.
Autrement dit, un grinder qui joue beaucoup avec une bankroll stable ne devrait pas être confondu avec un joueur qui dépose de plus en plus souvent pour se refaire. C’est une distinction que les habitués des tournois en ligne réclament depuis longtemps.
Une base légale ancienne, un outil commun récent
L’obligation n’est pas nouvelle. L’article 34-IX de la loi du 12 mai 2010, qui a ouvert le marché des jeux en ligne, impose déjà aux opérateurs d’identifier les joueurs en difficulté et de les accompagner. Ce qui change, c’est l’existence d’une mesure commune : l’algorithme doit rendre plus objectif l’effort de repérage que l’ANJ attend de chaque site.
Sa cohérence a été testée par rapport à l’Indice canadien du jeu excessif (ICJE), un questionnaire de référence utilisé dans les enquêtes de prévalence. Les résultats de cette validation feront l’objet d’une publication séparée, précise l’autorité.
Dans l’annexe, l’ANJ rappelle sa ligne : « Dans son plan stratégique 2024-2026, l’ANJ a placé la réduction du jeu excessif ou pathologique au cœur de la régulation du secteur et de ses attentes vis-à-vis des opérateurs de jeux d’argent et de hasard. »
Des sanctions qui donnent du poids à la note
Ce score n’est pas qu’un indicateur statistique. À la mi-juillet, l’ANJ avait rendu publique une amende de 500 000 euros infligée à un acteur du jeu en ligne, à qui elle reprochait de ne pas avoir suffisamment repéré ni suivi ses clients en difficulté, rappelle Gambling Insider. Avec une formule partagée, il devient plus facile pour le régulateur de comparer ce qu’un opérateur aurait dû voir et ce qu’il a réellement fait.
Le même collège du 15 octobre a aussi validé un agrément de poker en ligne et un guide contre le blanchiment destiné aux opérateurs de jeux à objets numériques monétisables (JONUM). Le contexte économique est moins porteur qu’il y a deux ans : le bilan du premier semestre 2026 de l’ANJ décrit une croissance « qui marque le pas, seulement portée par le marché en ligne ».
Ce que cela change pour vous, joueur
Vous ne verrez pas votre note : l’outil sert d’abord aux opérateurs et au régulateur. En revanche, si votre profil financier se dégrade, attendez-vous à recevoir plus souvent des messages de prévention, des propositions de limites de dépôt ou une prise de contact du service client. Ce n’est pas une sanction, c’est l’obligation légale qui s’applique.
Le meilleur réflexe reste de fixer vous-même vos limites de dépôt et de mise dans votre espace joueur, avant d’en avoir besoin. Elles sont proposées par tous les sites agréés en France. Et si le jeu cesse d’être un loisir, le service public Joueurs Info Service (09 74 75 13 13) répond de façon anonyme et gratuite.
